Collection
DIVINES

« DIVINES » est une série photographique commencée en 2020. Je photographie, presque exclusivement la nuit, des personnes rencontrées en soirée techno, dans la rue, à Paris et ailleurs.
Le titre vient de Jean Genet : Divine est l’héroïne de Notre-Dame-des-Fleurs, écrite en 1942 depuis la prison de Fresnes. Genet avait choisi de renommer l’ancien Louis Culafroy en Divine, une prostituée travestie de Montmartre.
Je n’ai rien trouvé de mieux, quatre-vingts ans plus tard, pour celles et ceux que je photographie.


Les Divines, je les ai rencontrées la nuit. Je veux dire dans ces lieux où la nuit ne désigne plus une heure mais un régime ; un dehors-du-monde où certaines existences, le jour, n'auraient ni la place ni le droit d'apparaître. Genet, lui, n'avait pas choisi le sien. Une cellule, à laquelle la société l'avait réduit, et c'est là qu'il a fait de Divine une sainte.
Aujourd'hui, les enclos sont d'un autre ordre, choisis ou subis, peu importe ; des endroits où la divinité peut paraître, parce que le jour a été tenu à la porte.

D’Elles, la sainteté qui s’en dégageait n’avait rien d’apaisée. Elle naissait de la nécrose lente que l’immobilise impose à qui ne peut sortir au jour.





Je n’arrive pas à dire si ces nuits étaient folles ou calmes, si les peaux étaient tondues ou satinées. Elles se ressemblaient toutes, des rêves communs où des corps sombraient, tenus à la surface par des bras d’or qui adoucissaient le bagne.
Pas une âme tondue mais des corps sombres et nus ; un autre éblouissant, taillé sans sa propre échine précieuse. Tout glissait, de l’entrejambe au front fumant. Et dans l’air, toujours, une tristesse qui gonflait le cœur.

Là, des dieux d’un soir s’égorgeaient pour être adorés. L’amant si connu, mort sitôt qu’aspiré, est remplacé. L’adoration y été imprécise, mais vraie ; et c’est pour cela, je crois, que le Jour ne pardonnera jamais ces nuits-là. Non parce qu’on y pèche, mais parce qu’on y prie d’autres dieux que lui.




Divines enfants des profondeurs. D’étonnantes splendeurs qui, passé l’heure noire, naissent d’elles-mêmes ; de leurs corps, du foutre parfumé, de leur queue offerte.
Leur visage, alors, chante d’une pudeur heureuse ; et pourtant, condamnée d’avance, d’être simplement.



Elles griffaient l’air de leurs paumes, comme pour s’y agripper. De leurs gestes naissaient des splendeurs qui n’appartenaient qu’à elles. Tout ce qui les approchait s’inclinait ; je m’inclinais aussi.
De là montaient des gestes doux, rougissant, qui finissaient au fond de la gorge.

