Collection
PASSAGES

« PASSAGES » est une série photographique consacrée au métro parisien, commencée en 2021. J’y vois un fabuleux terrain de jeu, où les passants, et moi avec eux, sommes tour à tour spectateurs et acteurs, le temps d’un trajet parfois plus long que prévu.
Ce sont donc ces spect-acteurs que je photographie, avec ou sans autorisation.

J’entre en zone de chocs.
Je croise les premiers regards de ceux qui, gênés d’être là, se disent : je pourrais être ailleurs, merde, qu’est-ce que je fous ici ?



Et déjà un écho : « Attendez ! Arrêtons-nous ! parce qu’à la fin, toujours, le retour…
La turbulence nous prend. C’est elle, pourtant, qui nous retient, jusqu’à descendre de ce tube vide à l’intérieur agrandi.

Accélération extrême, discontinue. Puis, à chaque arrêt, de nouveaux passages, de nouveaux couloirs.


Des passages de vies, des passages d’idées et d’effigies…
Tant à en devenir fou. Pourtant, on se tient, à soi, à nous, et parfois on se serre.






Et puis, encore, l’écho : Attendez ! Arrêtons-nous ! parce qu’à la fin, toujours, le retour.



Ce que je cherche, au fond, c'est le temps. Le plus difficile des concepts pour moi, peut-être parce qu’il se dérobe dès qu’on le regarde en face. Je sais ce qu’il est tant qu’on ne me le demande pas.
Aussi n’ai-je pas voulu le décrire, mais le faire passer. Le métro le donne par secousses : une accélération qui n’est jamais une durée mais une suite de seuils, le temps-flèche du trajet qui file vers son final. Puis le refrain le retourne : « à la fin, toujours, le retour », et la ligne se fait cercle, la fin n’est qu’un demi-tour.
Reste un troisième temps, le plus rare. Celui de la rame qui se vide, ce « tube vide à l’intérieur agrandi », où l’espace qui s’ouvre n’est que la durée qui se distend. Là, pour un instant, le temps ne court plus.

